mardi 21 février 2017

Des recensions en cascade !

Avant la réalisation du blog « Expérience(s) combattante(s) », nous avons rédigés une série de recensions pour divers blogs ou sites Internet dont « Guerres et conflits » du lieutenant-colonel Rémy Porte, « Lectures Socio » ou l’Institut de recherche stratégique de l’école militaire (IRSEM), entre autres.

Pour parcourir ces recensions, vous pouvez cliquer sur les liens suivants :


Emmanuel LAURENTIN (Dir.), Grands reporters de guerre. Entre observation et engagement, Editions Rue d’Ulm, Paris, 2012Recension pour le site Internet « Lectures », Publication le 6 décembre 2012.





Laurent et Jérôme TRIOLET,La guerre souterraine : sous terre on se bat aussi, Ed. Perrin, Paris, 2011. Recension pour le blog « Guerre et Conflits » de l’historien Rémy Porte, Publication le 04 avril 2012.

Bonnes lectures ! 

lundi 13 février 2017

Entretien avec Pierre-Jean Laforêt auteur de « Sur les Routes d’Afghanistan »

Ancien professeur des écoles et collaborateur et éditorialiste du « Chasseur français », Pierre-Jean Laforêt est l’auteur de l’ouvrage « Sur les routes d’Afghanistan » retraçant l’épopée de la 6e compagnie du 13e Régiment du Génie (RG) en Afghanistan à travers les témoignages des sapeurs engagés à différentes époques sur ce théâtre d’opération (notre recension ici). Cet auteur comtois aimant le sport et la nature revient sur la genèse et la réalisation de cet ouvrage pour le blog « Expérience(s) combattante ».



EC : Comment avez-vous entendu parler du Détachement d’Ouverture d’Itinéraire Piégé (DOIP) et pourquoi choisir ce thème pour votre ouvrage ?

PJL: Un livre concernant la guerre en Afghanistan et singulièrement nos troupes projetées sur ce théâtre d'opérations : pourquoi pas ? A partir de 2011, j’y pensais sérieusement. L'idée peu à peu s'est imposée comme un travail nécessaire à accomplir. Je me suis particulièrement intéressé à cette guerre lointaine. Mais n'étant pas allé en Afghanistan, comment pouvais-je concevoir et réaliser un tel projet, moi le maître d'école ? Malgré tout l'intérêt que j'ai accordé à ce pays, il est évident que je ne pouvais écrire mon livre avec les seules informations données par les médias. Il m'est très vite apparu qu'une solution existait pour donner corps et vie à mon projet. Je devais essayer de rencontrer des militaires ayant effectué un mandat au « Royaume de l'Insolence ». En conséquence, le résultat attendu devait être et ne pouvait être qu'un ouvrage de mémoire, composé des témoignages que j'allais pouvoir recueillir, ou plutôt qui me seraient confiés.

EC : Connaissiez-vous l’armée (et le génie) avant de débuter l’écriture de ce livre ?

PJL: Je n'avais jamais entendu parler du DOIP (qui était une formation tout à fait nouvelle), et je n'ai pas choisi ce thème pour mon livre. C'est le lieutenant Clément, mon premier interlocuteur, qui m'a longuement parlé du DOIP qu'il a constitué et formé, et avec lequel il fut projeté sur le théâtre afghan du 1er avril au 15 septembre 2012. DOIP et IED sont les deux premiers acronymes dont le lieutenant Clément m'a parlé.

EC : Pouvez-vous nous décrire les étapes de la réalisation de votre ouvrage ?

PJL: De juin 2011 à mai 2012, j'effectuais un remplacement de maître-nageur à la piscine de Valdahon. J’ai fait la connaissance d’un capitaine du 13ème RG qui venait nager régulièrement. Nous avons beaucoup parlé de la guerre en Afghanistan, son régiment étant très concerné. Pour ma part, j'avais écrit un article pour l'Est Républicain ayant pour titre « Mourir en Afghanistan ». Les nombreux coups de téléphone que je reçus des familles ayant un fils ou un mari servant au « Royaume de l'insolence » m'ont incité à aller plus loin. Plus loin, c'était un livre.

Un jour, je lui fais part de mon intention d'écrire un ouvrage, une parcelle de mémoire, sur ce sujet. Il m’a proposé alors de parler de mon projet à un lieutenant qui devait rentrer d'Afghanistan avec son DOIP, en septembre 2012. Ce qui fut fait. Le lieutenant fut intéressé et me contacta. Début novembre eut lieu notre premier entretien, au cours duquel je lui présentais le cadre précis de mon projet, non sans lui demander si le chef de corps était informé de ma présence dans son régiment ! Il n'était pas question pour moi de travailler dans le secret, dans l'anonymat, ou même hors du camp militaire. Le projet s’est lancé dans cette forme et concernait le 13ème RG exclusivement. Suivent deux nouvelles rencontres avec ce lieutenant, en janvier et février 2013. Deux entretiens au cours desquels j'ai appris énormément de choses. C'est la raison pour laquelle j'ai tenu à placer son témoignage dans les premières pages de mon livre. J'ai donc une très grande reconnaissance pour le lieutenant Clément.

Aux portes ouvertes du 13ème RG qui suivirent (28-29 juin 2013), j’ai rencontré l'officier de communication qui m’a demandé de rédiger mon projet pour le communiquer à l'Etat Major de l’Armée de Terre (EMAT). Ce qui fut fait fin septembre 2013. Après quatorze mois de silence (mi-novembre 2014), j’ai trouvé un courriel de l'EMAT dans ma boîte aux lettres. Mon dossier était transmis à l'état-major de la 2ème brigade blindée (Illkirch-Graffenstaden) pour décision finale. Par téléphone, j’ai répondu alors à de nombreuses questions et finalement une réponse claire m'a été donnée : « Nous pensons que votre projet est sincère et nous vous autorisons à rencontrer nos officiers, sous-officiers et militaires du rang du 13ème RG de Valdahon ». Nous étions mi-novembre 2014. Le 10 décembre, j'avais rendez-vous dans le bureau du colonel Magon de la Villehuchet, le chef de corps du régiment. Il ne me connaissait pas encore, mais il avait déjà donné son accord de principe. Mes entretiens (re)commencèrent en janvier 2015, essentiellement à la 3ème Compagnie de Combat du Génie (CCG) et à la 6ème Compagnie de Contre Minage (CCM).

EC : Comment avez-vous choisi et mené vos entretiens ? Ne fut-il pas trop difficile de « libérer » la parole de vos interlocuteurs ?

PJL : Les entretiens se déroulaient dans un bureau ou dans la salle de réunion de la compagnie. Les commandants d'unités étaient chargés de me communiquer les noms des personnels souhaitant m'apporter un témoignage. Mes deux enregistreurs numériques étaient posés sur la table. Je laissais parler mes interlocuteurs, avec parfois une question pour préciser un point particulier. Les entretiens duraient généralement 1h30. Le militaire savait que, dans un délai de deux semaines, je reviendrais le voir avec un tirage papier de son témoignage pour qu'il puisse se relire et apporter toutes les corrections qu'il jugerait utiles.

Personnellement, j'engageais volontiers ma responsabilité dans chaque mot, dans chaque ligne que j’allais écrire, pourvu que mon interlocuteur s'en tienne à ce qu'il savait, à ce qu'il avait vécu, sans aller au-delà de ce qu'il était autorisé à dire. Je n'étais contraint par aucune ligne éditoriale, par aucune préoccupation commerciale. Je voulais  rapporter les faits qui m’étaient racontés sans les déformer, sans en modifier la substance. Chacun pouvait relire son propre témoignage sur un tirage papier lorsque je l'avais transcrit, et procéder aux corrections qu'il jugeait utiles. J'essayais seulement parfois, par quelques touches personnelles, de faire en sorte que le lecteur puisse reconnaître mon écriture.

EC : Y-a-t-il eu une volonté de relire votre manuscrit manifestée par l’armée ? Vos témoins ont-ils relus vos récits de leurs expériences ? Le cas échéant, quels furent les retours ?

PJL : L'armée n'a pas eu besoin de manifester sa volonté de relire mon manuscrit. Dans mon projet initial, j'avais écrit que je tenais à ce que le chef de corps relise tous les témoignages que j'avais transcrits. Ce qui fut fait. Quelques corrections « de forme » me furent proposées, que j'ai bien sûr apportées.

EC : Votre écriture laisse une place majeure au récit « pour l’histoire » mettant dans l’ombre volontairement votre jugement d’auteur. Avec le recul et après avoir collecté ces témoignages, quelle image gardez-vous de l’engagement du génie en Afghanistan ? Quels sentiments ces expériences vous ont-elles inspirés ?

PJL : Bien sûr, je l'ai écrit dans l'avertissement, il n'était pas question pour moi d'apporter un avis divergent ou de formuler un quelconque jugement de valeur. Seulement un livre de mémoire. J'ai pu relever par deux fois sans doute une erreur d'un maillon de la chaîne de commandement, j'en ai fait part à mon interlocuteur, qui était d'accord avec moi, mais qui ne pouvait pas s'exprimer sur ce sujet, et moi de même. L'image de l'engagement du génie en Afghanistan ? Un métier difficile, à hauts risques, malgré l'utilisation du Souvim et du Buffalo. Mon métier de professeur des écoles me semblait beaucoup plus facile ! Ma considération pour nos militaires de toutes armes est maintenant encore plus grande. Je précise que j’ai abandonné mes droits d'auteur au profit de la Cellule d'Aide aux Blessés de l'Armée de Terre (CABAT). D'une manière générale, je n'ai été qu'un passeur de mémoire, et nul ne pourra découvrir ou deviner dans mes pages une quelconque orientation politico-stratégique.

EC : Avez-vous déjà un nouveau projet de livre ?


PJL : Mon prochain livre ? Il sera axé sur deux thématiques : le sport et la nature. D'une manière générale, mes ouvrages sont en prise directe avec le terrain et les réalités de la vie. Le sport est ma philosophie, la nature est ma religion. Cela dit, il n'est pas exclu qu'un jour je revienne vers l'institution militaire !

EC: Merci M. Laforêt !

Site Internet

Bibliographie de l’auteur (non exhaustive):

LAFORET Pierre-Jean, La vie va, Paris, Editions du Sekoya, 2004, 96 p (poésies classiques concernant la vie quotidienne et la Nature).

LAFORET Pierre-Jean, Instituteur de campagne, grandeur et servitudes, Paris, Editions du grand Tétras, 2008 (les étapes essentielles de ma carrière, auxquelles s'ajoutent une réflexion sur certains enseignements tels que l'histoire, l'éducation civique, l'orthographe, le sport…).

LAFORET Pierre-Jean, Moissons amères, Paris, Editions du grand Tétras, 2010 (la guerre de 1939-1945, et singulièrement la vie d'un soldat français prisonnier en Allemagne de juin 1940 à juin 1945). 

LAFORET Pierre-Jean, Passions de chasse, Paris, Aéropage (vingt-cinq récits de chasse régionaux et africains).

LAFORET Pierre-Jean, Les chroniques oubliées, Paris, Aéropage, 2015 (quatre-vingts chroniques politiques et sociales analysant des faits s'étant produites en France et parfois hors de nos frontières).

vendredi 10 février 2017

« Le Guerre d’Algérie. Les combattants français et leur mémoire » par le Pr. Jean-Charles Jauffret (Odile Jacob, 2016, 298 p, préface de Jean-François Sirinelli)

Dans cet ouvrage paru au mois de janvier 2016, le professeur Jean-Charles Jauffret partage plus de vingt années de recherches et de publications sur les combattants français (professionnels ou appelés du contingent), acteurs dans leur diversité d’expérience, de la dernière grande guerre coloniale de la France. « La Guerre d’Algérie. Les combattants français et leur mémoire » est un ouvrage de 298 pages (257 pages de texte et 41 pages d’appareil scientifique), comprenant une table des sigles et des abréviations, des notes et références bibliographiques classées par chapitre, une bibliographie très complète et ouverte sur l’expérience combattante des français en Algérie ainsi qu’une table des matières. Sans doute manque-t-il pour le lecteur non spécialiste, une carte afin de situer les lieux où se déroulent les différents récits. Le professeur Jean-François Sirinelli, spécialiste de l’histoire politique et culturelle de la France au XXe siècle assure la préface en insistant, entre autres considérations, sur le rôle fondamental de cet ouvrage comme « courroie de transmission intergénérationnelle » (p 9) permettant aux jeunes générations de mieux comprendre les expériences vécues par leurs aînés -souvent taiseux-, là-bas, de l’autre côté de la Méditerranée. L’historien est ici un « passeur », image d’ailleurs conforme à la personnalité, la générosité et la faconde de l’auteur, qui retrace au fil des pages « un destin historique collectif » (p 9).

Pour comprendre l’importance de cet ouvrage, il faut prendre le temps de s’intéresser brièvement au parcours de son auteur. Diplômé de l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence, agrégé d'histoire, Docteur de 3e cycle, Docteur ès lettres et spécialiste de l'histoire militaire contemporaine, le professeur Jean-Charles Jauffret enseigne à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence où il est depuis peu Professeur honoraire. Cet ouvrage est une synthèse des travaux d’une vie de chercheur s’appuyant sur : de nombreux ouvrages reconnus dont « Soldats en Algérie, expériences contrastées des hommes du contingent, 1954-1962 » (Paris, Autrement, 2000) ou « Ces officiers qui ont dit non à la torture. Algérie 1954-1962 » (Paris, Autrement, 2005), six colloques organisés à ce sujet dont est issu un autre ouvrage de référence sur la guérilla et contre-guérilla en Algérie (« Militaires et guérilla dans la guerre d’Algérie » (Paris, Editions complexes, 2001), plus d’une centaine de communications ainsi d’articles et deux tomes d’archives militaires publiées en 1988 et 1998. Pionnier dans la constitution d’un corpus de sources reconstituant l’expérience combattante des soldats français en Algérie dans un pays confronté à un « grand silence générationnel », le professeur Jauffret nous invite à nous plonger dans ses travaux. La mémoire de la guerre d’Algérie est encore vive. Pour autant, ce livre n’est pas une compilation de visions partisanes, mais le résultat d’un long travail d’enquête cherchant à constituer un savoir stabilisé, documenté et référencé. Un ouvrage d’Historien, en somme.

Son propos vise à restituer l’état d’esprit, les souvenirs et le vécu des militaires français qui se sont succédé en Algérie. Pour cela, l’auteur s’appuie sur un millier de témoignages recueillis lors de ses enquêtes de terrain. Éloigné des proses partisanes, le chercheur propose une vision saine - car sans à priori et sans concessions-, qui traite l’ensemble des questions –parfois épineuses- avec mesure. C’est une véritable histoire globale des soldats engagés dans ce conflit, dans leur diversité et dans la durée, qui est proposée dans un format synthétique permettant une lecture agréable et rapide. Le développement est divisé en neufs grand chapitres, qui permettent de suivre le fil de l’expérience vécue dans toute sa diversité de l’entrée en service, à la découverte de l’Algérie en passant par la mémoire des individus, les combats, les refus d’obéissance, les insoumis, la difficulté du retour, les blessures physiques (dont un chapitre sur les irradiés suite aux essais nucléaires dans le Sahara) et psychologiques. L’auteur développe la « culture de guerre » commune à cette génération du feu. L’ensemble des affirmations s’appuie sur des chiffres, des statistiques et des citations de témoignages. L’historien n’avance rien qu’il ne peut soutenir et défendre.

Cet ouvrage se révèle très complémentaire des études menées actuellement sur la guerre d’Algérie (Professeure Raphaëlle Branche ou Sylvie Thénault, entre autres). Ses chapitres instruisent autant qu’ils incitent les chercheurs à aller encore plus loin dans la compréhension de cette expérience combattante, qui distille encore ses effets dans la société. A l’heure où les archives s’ouvrent plus largement –avec encore quelques restrictions-, nulle doute que les travaux de thèse menés par le commandant Romain Choron sur «La guerre souterraine menée par l’armée française dans les conflits non-conventionnels : l’exemple de la guerre des grottes pendant la guerre d’Algérie (1954-1962)», permettront de mieux comprendre la nature particulière de ces combats. En conclusion, cet ouvrage de synthèse est une référence indispensable pour tous les historiens ou lecteurs souhaitant aborder la guerre d’Algérie avec finesse et à rebours parfois des affirmations péremptoires et ronflantes.


Christophe Lafaye


Se procurer l'ouvrage (Ici)

samedi 4 février 2017

« Sur les routes d’Afghanistan » de Pierre-Jean Laforêt (éditions Aéropage, 2016, 148 pages, 18 euros)

Pour l’armée française, l’engagement en Afghanistan permit de mettre en lumière l’importance du génie dans la réalisation de la manœuvre interarmes. « Pas un pas sans appuis », cette maxime devint une réalité pour les soldats confrontés aux Taliban et à leurs artifices : mines et autres Engins Explosifs Improvisés (EEI). La France connut deux périodes d’engagement. Entre 2002 et 2006, les militaires demeurèrent essentiellement dans la proximité de Kaboul pour mener des opérations de stabilisation puis d’imposition de la paix. Avec le retour des Taliban et le changement de posture politique à partir de 2007, l’armée française connut le feu et le retour du combat de contre-guérilla (2007-2012). Dans ce contexte, le génie décida de se doter d’un Détachement d’Ouverture d’Itinéraire Piégé (DOIP), concept de Road Clearence Package développé à l’origine par l’armée américaine à partir de son engagement en Irak. Constitué de véhicules spécialisés dans la détection des pièges (SOUVIM puis SOUVIM 2), d’engins d’interrogation et de traitement de la menace (camion BUFFALO) et de véhicules transportant les démineurs et leur escorte (VAB puis véhicules hautement protégés ARAVIS), ces détachements furent projetés en Afghanistan à partir du mois d’avril 2009 jusqu’à la fin de l’année 2012 sans interruptions. Cette mission fut confiée à la 6e compagnie de contre minage du 1er Régiment du Génie (RG) qui fut transférée au 13e RG lors de la dissolution de cette unité en juin 2010. Les sapeurs étaient donc en auto relève durant quatre années. Les pertes furent sensibles : deux tués (sergent-chef Laurent Mosic mort au combat le 6 juillet 2010 et 1ère classe Loïc Roperh, le 10 mai 2011) et de nombreux blessés, soulignant le caractère particulièrement risqué de cette mission mais au combien importante pour la sauvegarde de leurs camarades.

Le principal mérite de cet ouvrage (147 pages) de Pierre-Jean Laforêt, ancien enseignant et éditorialiste au « Chasseur français », est de nous plonger au travers des témoignages des sapeurs du génie de tous grades de ce détachement (21 récits), au cœur de leurs missions en Afghanistan. Parfaitement écrit et documenté, il laisse la parole aux hommes, sans juger, permettant ainsi au lecteur de découvrir toutes les facettes de cette mission bien particulière : le quotidien, les tactiques mises en œuvre, les coups durs, la mort des camarades et les blessures physiques ou psychiques. Le lecteur découvre ainsi une partie de l’expérience de ces hommes (et femmes car il y en a eu) entièrement préoccupés par la protection de leurs camarades. De la solitude du conducteur de SOUVIM à l’appréhension des sapeurs remontant la ligne pour retrouver le tireur (Trigger) embusqué qui attend le passage du véhicule ciblé, tous les aspects particuliers de cette mission sont évoqués dans le texte qui s’attache aussi à bien décrire l’évolution de la menace en fonction des périodes où les militaires furent projetés. Une carte bienvenue en ouverture d’ouvrage permet de situer les axes empruntés par le DOIP et les principales bases opérationnelles avancées de l’armée française en Surobi et en Kapisa. A noter aussi la présence d’un cahier photo présentant les véhicules mentionnés dans le récit. Il manque juste un glossaire des sigles pour permettre au lecteur non spécialiste de se retrouver dans la multiplication des termes techniques. Cette mission fut particulièrement exigeante pour les sapeurs de la 6e compagnie en auto-relève : pendant que les uns étaient en mission, les autres se préparaient en France à partir à leur tour. Le retour ne fut pas toujours facile au sein d’une armée de Terre redécouvrant le combat de haute intensité et en prise avec les multiples réformes (système de paie Louvois, bases de défense etc.).

Ce livre est une réussite, qui atteint son objectif de « transmettre une parcelle de mémoire » (p 147). J’ajoute pour ma part que sa lecture est indispensable pour tous les lecteurs spécialistes (ou non) souhaitant comprendre l’action du génie en Afghanistan. Ces récits ont une véritable valeur de témoignages, qui nous plongent au cœur de l’action de la 6e compagnie des Sapeurs de Leclerc. Ils éclairent et documentent des parties restées dans l’ombre de l’engagement de l’armée française en Afghanistan. Malgré de nombreux coups portés par les Taliban, le pourcentage de perte du contingent français du aux EEI reste bien en dessous de celui de la coalition en Afghanistan (28% contre 51%). Pour son action en Afghanistan, la 6e compagnie du 13e RG fut citée à l’ordre de l’armée avec l’attribution de la Croix de la Valeur Militaire avec étoile de bronze sur son fanion le 21 novembre 2011. 

Une lecture chaudement recommandée.

Éditions Aréopage
26, rue La Fayette 39000 Lons-le-Saunier
Tél. 03 84 24 77 76 Fax 03 84 24 13 16


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Entretien avec l'auteur (Ici)