samedi 4 février 2017

« Sur les routes d’Afghanistan » de Pierre-Jean Laforêt (éditions Aéropage, 2016, 148 pages, 18 euros)

Pour l’armée française, l’engagement en Afghanistan permit de mettre en lumière l’importance du génie dans la réalisation de la manœuvre interarmes. « Pas un pas sans appuis », cette maxime devint une réalité pour les soldats confrontés aux Taliban et à leurs artifices : mines et autres Engins Explosifs Improvisés (EEI). La France connut deux périodes d’engagement. Entre 2002 et 2006, les militaires demeurèrent essentiellement dans la proximité de Kaboul pour mener des opérations de stabilisation puis d’imposition de la paix. Avec le retour des Taliban et le changement de posture politique à partir de 2007, l’armée française connut le feu et le retour du combat de contre-guérilla (2007-2012). Dans ce contexte, le génie décida de se doter d’un Détachement d’Ouverture d’Itinéraire Piégé (DOIP), concept de Road Clearence Package développé à l’origine par l’armée américaine à partir de son engagement en Irak. Constitué de véhicules spécialisés dans la détection des pièges (SOUVIM puis SOUVIM 2), d’engins d’interrogation et de traitement de la menace (camion BUFFALO) et de véhicules transportant les démineurs et leur escorte (VAB puis véhicules hautement protégés ARAVIS), ces détachements furent projetés en Afghanistan à partir du mois d’avril 2009 jusqu’à la fin de l’année 2012 sans interruptions. Cette mission fut confiée à la 6e compagnie de contre minage du 1er Régiment du Génie (RG) qui fut transférée au 13e RG lors de la dissolution de cette unité en juin 2010. Les sapeurs étaient donc en auto relève durant quatre années. Les pertes furent sensibles : deux tués (sergent-chef Laurent Mosic mort au combat le 6 juillet 2010 et 1ère classe Loïc Roperh, le 10 mai 2011) et de nombreux blessés, soulignant le caractère particulièrement risqué de cette mission mais au combien importante pour la sauvegarde de leurs camarades.

Le principal mérite de cet ouvrage (147 pages) de Pierre-Jean Laforêt, ancien enseignant et éditorialiste au « Chasseur français », est de nous plonger au travers des témoignages des sapeurs du génie de tous grades de ce détachement (21 récits), au cœur de leurs missions en Afghanistan. Parfaitement écrit et documenté, il laisse la parole aux hommes, sans juger, permettant ainsi au lecteur de découvrir toutes les facettes de cette mission bien particulière : le quotidien, les tactiques mises en œuvre, les coups durs, la mort des camarades et les blessures physiques ou psychiques. Le lecteur découvre ainsi une partie de l’expérience de ces hommes (et femmes car il y en a eu) entièrement préoccupés par la protection de leurs camarades. De la solitude du conducteur de SOUVIM à l’appréhension des sapeurs remontant la ligne pour retrouver le tireur (Trigger) embusqué qui attend le passage du véhicule ciblé, tous les aspects particuliers de cette mission sont évoqués dans le texte qui s’attache aussi à bien décrire l’évolution de la menace en fonction des périodes où les militaires furent projetés. Une carte bienvenue en ouverture d’ouvrage permet de situer les axes empruntés par le DOIP et les principales bases opérationnelles avancées de l’armée française en Surobi et en Kapisa. A noter aussi la présence d’un cahier photo présentant les véhicules mentionnés dans le récit. Il manque juste un glossaire des sigles pour permettre au lecteur non spécialiste de se retrouver dans la multiplication des termes techniques. Cette mission fut particulièrement exigeante pour les sapeurs de la 6e compagnie en auto-relève : pendant que les uns étaient en mission, les autres se préparaient en France à partir à leur tour. Le retour ne fut pas toujours facile au sein d’une armée de Terre redécouvrant le combat de haute intensité et en prise avec les multiples réformes (système de paie Louvois, bases de défense etc.).

Ce livre est une réussite, qui atteint son objectif de « transmettre une parcelle de mémoire » (p 147). J’ajoute pour ma part que sa lecture est indispensable pour tous les lecteurs spécialistes (ou non) souhaitant comprendre l’action du génie en Afghanistan. Ces récits ont une véritable valeur de témoignages, qui nous plongent au cœur de l’action de la 6e compagnie des Sapeurs de Leclerc. Ils éclairent et documentent des parties restées dans l’ombre de l’engagement de l’armée française en Afghanistan. Malgré de nombreux coups portés par les Taliban, le pourcentage de perte du contingent français du aux EEI reste bien en dessous de celui de la coalition en Afghanistan (28% contre 51%). Pour son action en Afghanistan, la 6e compagnie du 13e RG fut citée à l’ordre de l’armée avec l’attribution de la Croix de la Valeur Militaire avec étoile de bronze sur son fanion le 21 novembre 2011. 

Une lecture chaudement recommandée.

Éditions Aréopage
26, rue La Fayette 39000 Lons-le-Saunier
Tél. 03 84 24 77 76 Fax 03 84 24 13 16


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